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Au PJD, les recettes de Benkirane donnent une impression de déjà-vu

Au PJD, les recettes de Benkirane donnent une impression de déjà-vu

Quelques semaines après la tenue du congrès extraordinaire du PJD, qui a consacré le retour de Abdelilah Benkirane comme secrétaire général, il est temps de décrypter le nouveau visage de ce parti qui a dominé le paysage politique pendant la dernière décennie.

Au niveau des communiqués du secrétariat général, des sorties de Benkirane, des interventions des députés au parlement ou du site officiel, la ligne que prendra le parti de la lampe devient de jour en jours plus lisible. Le PJD veut revenir à son discours d’avant son entrée au gouvernement ; ce que des observateurs appellent les « fondamentaux ».

Il faut dire qu’après les élections, les trois partis formant le gouvernement, avec les nouveaux visages qu’ils ont présentés, ont dominé la scène médiatique. Le PJD a de plus en plus de mal à être audible. C’est le pire cauchemar que peut vivre un parti politique, et Benkirane en a bien conscience.

Après la débâcle historique du 8 septembre et le retour de Benkirane à sa tête, le PJD veut se reconstruire dans l’opposition avec la même virulence et en reprenant les mêmes thématiques qui ont fait sa réussite il y a dix ou quinze ans. Mais après dix ans à la tête du gouvernement, le PJD a-t-il suffisamment de légitimité pour prétendre à ce genre de discours ?

Retour aux fondamentaux du parti

En ce qui concerne les thématiques choisies, tout porte à croire que le parti veut retourner à ses fondamentaux, ce qui a fait sa force auprès de son électorat conservateur. Le PJD cite ainsi la lutte contre la corruption, la cause palestinienne et la préservation de « la vertu et des bonnes mœurs ».

En effet, le parti a jeté son dévolu en premier lieu sur les questions d’éthique et de lutte contre la corruption. Il faut dire qu’en retirant le projet de loi modifiant le code pénal et notamment le texte sur la pénalisation de l’enrichissement illicite, Abdellatif Ouahbi a donné l’occasion au parti islamiste pour crier au scandale.

Benkirane pointe du doigt également certains responsables qui ont été accusés par la presse d’avoir nommé des proches à leurs côtés, dans les cabinets ministériels ou au niveau local. L’objectif est de décrédibiliser le plus possible ses adversaires. C’est une bataille de l’image qui se déclenche, et que le PJD avait clairement perdue au cours des dernières années.

Après les accords de normalisation avec Israël signés de la main de Saad Eddine El Otmani, le PJD veut effacer cette image en réaffirmant son attachement à la cause palestinienne. Libérés de leur position au gouvernement, ils n’y vont pas par quatre chemins et n’hésitent pas à condamner « les crimes de l’entité sioniste ».

Ainsi, Benkirane met en garde contre « la menace d’une percée sioniste dans notre pays ». Toutefois, il déclare qu’il n’ira pas jusqu’à condamner les positions de l’État marocain sur ce sujet, car d’après lui, c’est la menace algérienne qui a poussé le Maroc à adopter une telle posture : « sans l’Algérie, le Maroc ne serait pas parvenu à ce point dans ses relations avec Israël ».

Sur la question des mœurs aussi, Benkirane trouve la nécessité d’évoquer ses positions, même si aucune nouveauté ou polémique ne le justifie vraiment. Comme lorsqu’il rappelle son opposition à la dépénalisation de l’homosexualité ou des relations sexuelles hors mariage.

Ces postures sont censées lui faire regagner, de la façon la plus simple, la confiance de son électorat de référence, l’électorat conservateur. Il n’est donc pas improbable qu’il continue, à toute occasion, à agiter la peur d’une supposée menace sur les mœurs des Marocains.

L’audience interne du parti reste également sensible à ce genre de discours. Car l’autre défi de Benkirane, c’est de ressouder les rangs des militants qui sont en perte de confiance et ainsi stopper l’hémorragie dont le parti souffre depuis quelques années déjà.

Par ailleurs, il est d’ores et déjà apparent que Benkirane mise sur l’échec du gouvernement à tenir les promesses électorales des trois partis qui le forment. Critiquant les mesures inscrites au titre du projet de loi de Finances 2022, il a estimé qu’elles n’étaient pas à la hauteur des promesses de la campagne électorale.

Le PJD compte tellement sur cette stratégie qu’il tombe parfois dans l’exagération, voire le mensonge. Comme quand le député Abdessamad Haiker s’adresse au chef du gouvernement en lui disant « vos promesses de 2 millions d’emplois se sont transformés en 250.000 emplois sur deux ans ».

Le style Benkirane fait-il encore effet ?

Mais au-delà des thématiques abordées, ce qui n’a pas changé chez Benkirane, c’est sa capacité à se faire percevoir hors-système tout en se défendant d’être anti-système. Et pour cela, il use de son arme fatale : la victimisation.

Ainsi, à chaque fois que l’occasion se présente, il insiste pour émettre des doutes sur les résultats des élections, qu’il considère, à l’instar de son prédécesseur, comme étant « incompréhensibles ». Même si l’on sent que la tentation est grande et que l’allusion est plus que flagrante, Benkirane ne va pas plus loin, pour l’instant.

Au PJD, l’opposition équivaut à adopter un ton dur, mais quand il s’agit de le hausser encore plus, c’est la jeunesse du parti, connue pour ses positions plus radicales, qui prend le relais. Celle-ci a été particulièrement virulente sur les sujets de la réforme des conditions de recrutement des enseignants de l’éducation nationale et sur celui de la visite du ministre israélien de la Défense, le mois dernier.

Un autre angle d’attaque pour le PJD est de mettre les projecteurs sur la relation du monde des affaires avec le RNI, et notamment de son président et chef de gouvernement, Aziz Akhannouch. Il est clair qu’à chaque occasion où il y aura un possible conflit d’intérêt, le PJD n’hésitera pas à crier au scandale.

Il va sans dire qu’il espère, par ces attaques, se mettre dans la posture du défenseur de la classe moyenne et des classes défavorisées. Or, les réformes du temps où il était chef du gouvernement, de la caisse de compensation, des caisses des retraites et de la libéralisation du prix du carburant, ont laissé des traces vivaces au sein de cette population.

Même si le PJD veut mener une opposition agressive pour retourner sur le devant de la scène, sa pratique du pouvoir pendant toute une décennie à la tête du gouvernement le placera continuellement dans des positions d’incohérence. Comme quand son groupe parlementaire à la première chambre propose une loi pour étendre l’incompatibilité du poste ministériel avec celui de président de commune, négligeant le fait que ses membres pratiquaient eux-mêmes, dans de nombreux cas, ce cumul de mandats.

Au final, on peut croire que Benkirane compte sur la même recette qui a mené à l’ascension du PJD dans la scène politique marocaine, il y a plus de 20 ans, sans prendre en compte les changements dans sa formation politique, dans le contexte générale du pays ou dans les convictions des Marocains, qui se sont profondément transformées durant les dernières années.

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